Sakineh Mohammadi Ashtiani

Sajjad and Sayideh’s Letter of 12 September 2010: The Lanterns Burning amidst Hopelessness [ENG | FR]

(This letter was first disseminated in the original language – Farsi – at the 12 September 2010 Paris demonstration against stoning. Translated by Ahmad Fatemi/Maria Rohaly.)

These days, still,
We are lost in our pursuit.

Time goes by and
We become more complicated,
We become less capable of making sense of this life.
How can we make sense of this life?

Sure enough, like children all do,
We too knew the secrets of the universe.
We too listened to the tales told by the flowers…
Oh, not to forget the butterflies!
Alas, our childhood was lost in our pursuit!

Dear Mother!
We are so tired now; now more than ever, we long for the tranquillity, the warmth of being held in your arms. We are exhausted from chilling accusations, tired from crying in our loneliness, weary of weeping in the crowd of strangers. We are spent from walking through our lives alone on an unlit path, being so scared, so constantly, that fear now takes pity on us. We ache from travelling this lonely path of sadness. We want to cry with you; you wipe our tears from our cheeks. We want to hold on to you, and stand alone no more; we yearn to kiss your cheeks.

Yes dearest mother!
It is years since we felt your protecting presence in our lives, or that of our father. Our eyes are fixed on the door; might they let us hear from you? We want to part from this stalemate; but not without you, dearest companion.

We ask ourselves: Who are we? Why are we here? What was the purpose of our existence? Was it to be tortured? Why and for how long? We were left alone, having only each other to hold on to, in the chill, dark, fear-filled alleys. While other little girls sat on their mothers’ knees having their hair combed, my sister, in the bitter cold with only a shirt on, stood shivering behind the high walls, begging to be allowed to see our mother. While I (Sajjad) was witnessing my father’s painful murder – and even more painful, the false, dirty accusations against our mother of killing our father, by those of the Islamic Republic with stones in their hands – those my age sat together with their fathers going through their homework. If we had been given a chance to go to school, we would have loved to write the word “mother” wrong, only so we could draw the punishment from the teacher to write and re-write a thousand times on a clean, white sheet of paper: “mother”!

Would Victor Hugo, if he were alive, create his Les Misérables, and Cosette and Fantine, or Charles Dickens his Oliver Twist and Fagin, when they had us to write about? If Cosette later found her Jean Valjean, if Oliver Twist had his Mr. Brownlow to protect him, the story of our lives is abysmal, is a black whirlpool of breathtaking uncertainty. It is an unfair fall into an endless helplessness. Our protector Mr. Kian (Sakineh’s lawyer) himself has no haven to turn to. He may no longer set foot in the court because he has defended us; he himself needs a (defense lawyer and) protector. What a tragedy is this story of our lives and our future. Perhaps that Information agent was right last week, saying, as they ransacked our lawyer’s office: “Even if you get your mother back, we won’t let you have a life. The world is concerned with your mother, yet you are at our mercy.” How deadly is religious fundamentalism, and how back-breaking the weight of the cross we carry on our back.

We don’t really know what would have become of us if we didn’t have Mr. Kian in Iran, and you abroad. We really don’t know and can’t imagine that. The day I, in tears and total desperation, called an angel named Mina Ahadi, the day that conscience placed Mr. Kian on the same path with us, the day that we were embraced by your support – these are the only moments of joyful hope in our miserable lives. These are the lanterns burning amidst total darkness and hopelessness. So… we humbly beg you, remember us and those like us. Remember our lawyer Mr. Kian and all those like him. Remember Shiva Nazar Ahari, Mohammad Oliyifard, Nasrine Sotoudeh, and all those like them.

We humbly beg you!
Sajjad and Sayideh, to the whole world.

*

EN FRANCAIS
(translation to French by Pascal Yasmina, originally appearing in Révolution en Iran)

Ces jours-ci, encore,
Nous sommes perdus dans notre quête.

Le temps passe et,
Nous devenons plus compliqués,
Nous sommes de moins en moins capables de donner un sens à cette vie.
Comment pouvons nous donner un sens à cette vie ?

Bien sûr, comme le font tous les enfants,
Nous aussi avons connu les secrets de l’univers.
Nous aussi nous avons entendu les histoires racontées par les fleurs…
Oh, n’oubliez pas les papillons !
Hélas, notre enfance s’est perdue dans notre quête !

Chère mère !

Nous sommes si fatigués maintenant ; plus que jamais, nous à la tranquillité, à la chaleur d’être dans tes bras. Nous sommes exténués des accusations glaciales, fatigués de pleurer notre solitude, las de verser des larmes dans une foule d’étrangers. Nous avons traversés nos vies seuls sur un chemin sans lumière, tellement terrifiés, constamment, par cette angoisse qui a désormais pris pitié de nous. Nous avons souffert de traverser seuls ce chemin de tristesse. Nous voulons pleurer avec toi, nous voulons essuyer les larmes de tes joues. Nous voulons être à tes côtés et ne plus être seuls ; nous voulons embrasser tes joues.

Oui, très chère mère !

C’était il y a des années que nous sentions ta présence protectrice sur nos vies ainsi que celle de notre père. Nos yeux sont fixés sur la porte, peut-être pouvons entendre quelque chose de toi ? Nous voulons quitter cette impasse, mais pas sans toi notre très chère compagne.

Nous nous demandons : Qui sommes nous ? Pourquoi sommes nous ici ? Quel est le but de notre existence ? Est-ce d’être torturés ? Pourquoi et pour combien de temps encore ? Nous avons été laissés seuls, en ayant que nous-mêmes pour prendre soin de nous dans les ruelles froides, sombres et effrayantes. Alors que les autres petites filles s’asseyaient sur les genoux de leurs mères qui leur caressaient les cheveux, ma soeur, grelottait dans le froid avec une simple chemise derrière de hauts murs, ne demandant qu’à être autorisée à voir notre mère. Alors que moi, Sajjad, fut témoin de la souffrance de l’assassinat de mon père, et plus douloureux encore, des fausses et sales accusations contre notre mère, accusée de l’avoir tuer, par les gens, une pierre dans la main, de la République Islamique, ceux de mon âge étaient assis avec leurs pères pour faire leurs devoirs. Si on nous avait donné la chance d’aller à l’école, nous aurions adoré écrire avec une faute le mot « mère », pour obtenir la punition de l’enseignant qui nous aurait fait écrire et ré-écrire des milliers de fois sur une propre et blanche feuille de papier, ce mot « mère » !

Est-ce que Victor Hugo, s’il était en vie, aurait créer « Les Misérables » et Cosette et Fantine, ou Charles Dickens ses Olivier Twist et Fagin, s’ils avaient eu à écrire sur nous ? Si Cosette a ensuite trouvé son Jean Valjean, si Olivier Twist a eu son Monsieur Browlnlow pour le protéger, l’histoire de nos vies, elle, est un abîme, un tourbillon noir d’incertitudes coupant le souffle. C’est une chute injuste dans une absence d’aide sans fin. Notre protecteur, Monsieur Kian (l’avocat de Sakineh) lui-même n’est pas à l’abri. Il ne pourra peut-être plus mettre un seul pied au tribunal parce qu’il nous a défendu et lui-même a besoin d’un avocat de la défense et d’un protecteur. Quelle tragédie sont nos vies et notre avenir. Peut-être que l’agent du ministère de l’information, la semaine dernière, avait raison de dire, lorsqu’il a saccagé le bureau de notre avocat : « Même si vous récupérez votre mère, nous ne vous laisserons pas avoir une vie. Le monde s’intéresse à votre mère, mais vous êtes toujours à notre merci ». Comme le fondamentalisme religieux est mortel et comme la croix que nous portons sur notre dos est éreintante ! »

Nous ne savons vraiment pas ce que nous serions devenus si nous n’avions pas eu Maître Kian en Iran et vous à l’étranger. Nous ne le savons vraiment pas et nous ne pouvons pas l’imaginer. Le jour où, en larme et dans un désespoir total, j’ai appelé un ange appelé Mina Ahadi, le jour où sa conscience a mis Maître Kian sur le même chemin que nous, le jour où nous étions embrassés par nos soutiens, sont les seuls moments remplis d’un joyeux espoir dans nos misérables vies. Voilà les lampions qui brûlaient au milieu d’une obscurité et d’un désespoir total. Alors, nous vos prions humblement, souvenez vous de nous et de celles et ceux qui sont comme nous. Souvenez-vous de notre avocat Maître Kian et de ceux qui sont comme lui. Souvenez vous de Shiva Nazar Ahari, Mohammad Oliyifard, Nasrine Sotoudeh, et de celles et ceux qui sont comme eux.

Nous vous supplions humblement,
Sajjad et Sayideh, au monde entier

Discussion

One thought on “Sajjad and Sayideh’s Letter of 12 September 2010: The Lanterns Burning amidst Hopelessness [ENG | FR]

  1. mercy please!

    Posted by Jimenez | September 13, 2010, 5:10 pm

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

Enter your email address to subscribe to this blog and receive notifications of new posts by email.

Join 118 other followers

via Twitter

%d bloggers like this: